Ce livre est une révélation. Merci d’avoir parlé d’elles, de nous !

C.H. :
Je suis née en 1960.
Je viens de refermer votre livre  L’autre héritage de 68, la face cachée de la révolution sexuelle qui a été pour moi une révélation .
Vous avez su apporter des réponses aux interrogations des « petites sœurs » nées à la fin du Baby Boom qui ressentaient un fossé générationnel s’instaurer entre elles et leurs aînées, sans bien comprendre pourquoi…
Elles étaient féministes, mais pas trop, plutôt méfiantes.
Normal a posteriori :  elles avaient traversé des zones grises et subi les contrecoups d’une révolution sexuelle qui, du « Jouir sans entraves » aux années Sida, leur avait laissé un goût amer.
Merci d’avoir parlé d’elles, de nous !  

Art : faut-il purger les années 1970 et 1980 ?

En interrogeant si subtilement le consentement qu’elle accorda pour son malheur, à l’âge de 14 ans, à Gabriel MatzneffVanessa Springora a lancé une bombe. Dans le sillage de l’actrice et écrivaine Eva Ionesco, qui faisait condamner sa mère en 2015 pour avoir diffusé, au début des années 1970, des clichés hypersexualisés de sa petite fille, dans celui de Flavie Flament, qui accusait en 2016 David Hamilton – dont les photos érotiques de jeunes filles prépubères sont si emblématiques de ces années-là – de l’avoir violée, une autre parole se fait aujourd’hui entendre : celle des victimes, éclairant d’une lumière glauque les années 1970 et 1980. «  Le monde autour de moi ne tournait pas rond  », écrit Vanessa Springora dans son ouvrage.

Dans ce monde-là, Le Nouvel Observateur encense Le Bon Sexe illustré (1974), de l’écrivain Tony Duvert – pour lequel «  il faut reconnaître aux mineurs, enfants et adolescents, le droit de faire l’amour  » –, par ces mots enthousiastes : «  Il déjoue un à un les pièges du conformisme et, ce qui est plus grave, le subtil bourrage de crâne de l’Ordre sexuel.  » Dans ce monde-là, si bien décrit par l’historienne Malka Marcovich dans L’Autre Héritage de 68. La face cachée de la révolution sexuelle (Albin Michel), l’heureuse libération des mœurs qui vient de se produire autorise aussi transgressions et abus véritables. «  Inceste, pédophilie, rien de tout cela n’est évidemment nouveau, dit-elle. Mais la particularité de ces années-là, c’est qu’on ne s’en cache pas, qu’on revendique ces pratiques comme des actes de liberté, avec tous les dégâts que l’on sait.  »
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Révolution sexuelle : devoir d’inventaire par Hervé Gardette

18 janvier 2020

Sans titreEcouter sur https://www.franceculture.fr/emissions/politique/revolution-sexuelle-devoir-dinventaire

Sans titre

L’affaire Matzneff a jeté une lumière crue sur les dérives des tenants de la révolution sexuelle dans la suite de Mai 68. Le rejet des « valeurs bourgeoise » suffit-il pour expliquer un certain aveuglement de la société à cette époque ?

S’agit-il d’un vrai moment de bascule ? 

Il faudra attendre pour en juger. Mais quelque chose se passe en France depuis quelques mois, sur les traces du mouvement MeToo : une libération de la parole d’autant plus spectaculaire que cette parole fut longtemps interdite.

Après l’actrice Adèle Haenel, c’est l’éditrice Vanessa Springora qui rompt ce silence pour raconter les agressions sexuelles dont elle fut victime lorsqu’elle était une jeune adolescente.

Leurs témoignages, en particulier autour de l’affaire Matzneff, font l’effet d’un retour à la lucidité après une longue gueule de bois : comment la société a-t-elle pu accepter que se commettent de tels actes, sans qu’ils soient réprimés ?

Pire : avec l’aval d’une partie du monde intellectuel et culturel.

Pour comprendre ce qui a autorisé de tels excès, il faut forcément revenir en arrière, à la fois au contexte de l’époque et à ce qui avait contribué à la façonner.

Les années 70 sont celles de la révolution sexuelle, dans la continuité directe de Mai 68.

Formidable moment de libération et d’émancipation, elles ont aussi fait naitre quelques monstres, alors que le monde politique parvenait plus ou moins bien à accompagner le mouvement.

Les paternalistes lubriques*, les enfants du sexe et de la littérature

* « Paternalisme lubrique » expression forgée par Natacha Henry, dans son livre « Les mecs lourds ou le paternalisme lubrique », Robert Laffont, 2003

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AFP PHOTO / Franck PENNANT

« Les paternalistes lubriques» sont aux manœuvres sans complexe. Ils s’adressent désormais aux adolescentes nées en 1968 qui sont censées être libérées puisqu’elles ont été enfantées lors de la révolution sexuelle. Pour eux, il va de soi qu’elles ont intégré tous les codes du « vivre ensemble séducteur » des années de libération. Pourtant, ils ne font que répéter le rapport hiérarchique archaïque de condescendance et de mépris fondé
sur l’âge, l’expérience et le statut social.(…)
Qui sont les « paternalistes lubriques » ? En regardant certaines émissions littéraires des
années 1980, on est saisi par ces paroles assumées en toute liberté. Apostrophes du 3 mai 1985 a pour thème « Les enfants du sexe et de la littérature ». Sur le plateau, sept hommes (dont Bernard Pivot) et une femme. On badine joyeusement, avec des petits sourires où se tisse la véritable complicité masculine. Nous sommes dans un salon dix-huitième siècle libertin – comme cela est bien dit ! –, à raconter, comme le dit Bernard Pivot, des histoires « croquignolesques », une promotion du bon temps des « amours vénales », des sous-entendus gloussants… sur le priapisme, la masturbation, les « appétits sexuels », le « troussage de domestique », la sodomisation…Dix-sept ans après Mai 1968 et la révolution sexuelle… tout ça pour ça ? »

 

Rencontre débat et dédicace dans le cadre de la 7ème édition du Salon Méditerranéen des publications de femmes

Vendredi 27 septembre 2019

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