Je préfère conserver de l’héritage que m’ont transmis mes aînés cette volonté de m’affranchir de tout dogme enfermant.

 

 

À la croisée des chemins

« En 1669, à la cour de Louis XIV, Molière présentait sa pièce Monsieur de Pourceaugnac. L’apothicaire affirmait : « Il y a plaisir d’être son malade ; et j’aimerais mieux mourir de ses remèdes que de guérir de ceux d’un autre.»

Trois siècles plus tard, pastichant cette phrase dans les années 1970, il était de bon ton de clamer « qu’il valait mieux se tromper avec Sartre que d’avoir raison avec Aron».

Aujourd’hui, cinquante ans après, certains baby-boomers, qui célèbrent leurs faits glorieux en entrant dans leur septième décennie, continuent de s’interroger sur la manière la plus adéquate de se tromper ou d’avoir raison.

Pour ma part, je préfère conserver de l’héritage que m’ont transmis mes aînés cette volonté de m’affranchir de tout dogme enfermant. Avons nous fait tout ce chemin pour nous retrouver confronté à diverses formes de « tentations obscurantistes» ? Faut-il choisir entre la marchandisation du sexe des femmes, des enfants et des hommes, et la volonté de prosélytisme de certains qui cloîtrent les femmes sous un voile obscène et impudique ? À la croisée des chemins, le concept d’émancipation doit-il être brandi pour défendre tout en même temps ? La liberté d’être voilée et celle d’être objet de consommation sexuelle, comme le revendiquent certains promoteurs du capitalisme pornographique ? (…)

Comme beaucoup de personnes que j’ai interviewées, je souhaite garder en héritage de Mai 1968 ces petites étincelles d’émerveillement : sentir mon corps bouger, danser, chanter en toute liberté sans risque d’être violentée. (…)

Tous les démons restent sur nos chemins. Nous sommes au carrefour de l’Enfer, chantait Tracy Chapman en 1988 dans sa chanson « Crossroads ».

Nous, petits frères et sœurs des baby-boomers vieillissons également. Nos cheveux grisonnent, nos corps se transforment avec l’âge. Il est temps de se demander quel type de vieille femme et de vieil homme nous souhaitons devenir. Tant de combats sont encore à mener… Nous n’avons plus le droit de nous taire. »

 

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Malka Marcovich interview de Sweetvisit

sweet visite

Mai 68, l’héritage impossible

Dans le cadre du Salon du livre de Pont- l’Évêque

flèche

lire à Pont L'évêque

 

Malka Marcovich interviendra lors du débat 
« Mai 68, l’héritage impossible »

aux côtés de Marie-Jo Bonnet et Philippe Brenot,
samedi 29 septembre à 12h30.

Emmanuelle versus Sylvia Kristel

L’article de Clémentine Billé,  publié sur Slate le 24 août 2018, met bien en lumière la descente aux enfers de Sylvia Kristel, égérie cabossée de l’érotisme de masse. 

Sylvia Kristel au festival de Cannes, en mai 1975 | Archive / AFP

Sylvia Kristel au festival de Cannes, en mai 1975 | Archive / AFP

Extrait de L’autre Héritage de 68

MARCOVICH

En 1974, le sulfureux film Emmanuelle sort en salle. Ce film, un des plus gros succès du cinéma français, sera vu par près de 9 millions de spectateurs en France et 45 millions dans le monde. L’UGC Triomphe, en haut de l’avenue des Champs-Élysées, projettera durant plus de dix ans les divers épisodes d’Emmanuelle. Le fauteuil royal tahitien ancestral en rotin blanc sur lequel pose la nouvelle égérie de la révolution sexuelle, Sylvia Kristel, deviendra une marque identifiable : « les fauteuils Emmanuelle », chargés d’érotisme exotique, transporte les insulaires dans le mythe érotique des fleurs en guirlandes, des lagons, des océans émeraude, poissons colorés, nymphes épanouies aux seins nus qui sortent de l’eau.

Serge Gainsbourg signera la bande-son du troisième Emmanuelle:
« Emmanuelle aime les caresses buccales et manuelles
Emmanuelle aime les intellectuels et les manuels
Emmanuelle n’a pas appris à aimer dans les manuels
Emmanuelle a besoin de sa dose de “Je t’aime” annuelle. »

Les jeunes femmes portant prénom Emmanuelle savent désormais à quoi s’en tenir. L’esprit de gaudriole ne les épargnera pas. S’appeler Emmanuelle, être Emmanuelle, faire l’Emmanuelle, quelle différence ?

Certaines scènes du film se déroulent en avion.
Marie dix-sept ans en 1977 se souvient :

« J’étais dans un avion entre Paris et Rome. L’avion n’était pas plein. Nous discutions de choses et d’autres avant le décollage avec mon voisin très charmant qui devait avoir la trentaine.
Quand l’avion a décollé, il m’a dit :
“Tu veux être Emmanuelle ?”

Alors, je lui ai fait sans hésiter une fellation. Est-ce que cela me plaisait ? Pas vraiment. Cela faisait partie de l’air du temps. Je voulais correspondre à l’image que j’avais de la femme libérée. Je n’ai jamais revu cet homme. »

Détails importants d’une époque bien plus marquants que les « événements » sans cesse rabâchés.

images (3)Réaction d’une lectrice avocate engagée pour les droits de femmes

Je viens de lire votre livre d’un trait (deux traits pour dire vrai…). Bravo ! Vous avez magnifiquement déroulé les détails importants de l’époque, bien plus marquants que les « événements » sans cesse rabâchés. Quand on voit certains parader..on est parfois saisi par l’écœurement.

Maya Nahum reçoit Malka Marcovich, Prix Mai 68 Licra 2018

 

Judaïques FM
Lundi 4 juin 2018

 

 

 

 

Le combat contre le racisme est indissociable du combat contre le sexisme

Discours de Malka Marcovich lors de la remise du Prix Mai 68 Licra

le 27 mai 2018 à la Mairie du 5ème arrondissement Paris.

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Jean-Pierre Allali président du Prix Licra

Nous avons décidé de créer un prix, un prix Licra Mai 68 et cette année il est attribuée à Malka Marcovich pour son livre L’autre héritage de 68, la face cachée de la Révolution sexuelle.
Dans ce livre, au-delà des acquis des femmes grâce à Mai 68, ce livre nous retrace une histoire des cents dernières années de la France, et c’est un livre passionnant.

Malka Marcovich lauréate du Prix Mai 68 Licra

Je suis très émue, je suis très émue à plusieurs titres. Je suis très émue parce que je me souviens qu’en 1985, un grand journaliste, un grand écrivain dont on parle peu désormais aujourd’hui, Marc Hillel, recevait le prix de la Licra pour son ouvrage Le massacre des survivants. Marc Hillel, était celui qui en 1975, avec son épouse Clarissa Henry, avait mené de manière extraordinaire une enquête qui a abouti au livre Au nom de la race, et qui mettait en avant la manière dont on sélectionnait les enfants sous le nazisme dans les Lebensborns, Je souhaiterai que l’on se souvienne de ces journalistes qui ont participé, non pas au devoir de mémoire mais à la création d’une mémoire commune.

Je suis émue parce qu’il y a tout juste dix ans, je me battais aux côtés de la LICRA pour demander à la France à ne pas participer à cette mascarade de Conférence mondiale contre le racisme qu’était Durban 2.

En 2001, avec Bernice Dubois, qui a été une des premières à créer la Commission contre les extrémismes religieux au début des années 1990, nous nous étions rendues à Durban pour faire valoir les multiples discriminations que subissaient les femmes sous le joug de toutes les formes d’extrémisme. Nous avons été mises à silence. La mémoire de Durban a retenu surtout les incidents antisémites.  Pour moi le combat contre le racisme est indissociable du combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes, pour une égalité qui refuse l’essentialisme, qui affirme l’universalisme.

Je pense tout particulièrement en ce moment à ce qui se passe pour beaucoup de femmes dans le monde, aux femmes qui enlèvent leur voile en République Islamique d’Iran et qui demandent la séparation du religieux et de l’Etat. Je pense aux femmes et aux jeunes filles qui ont été capturées par Boko Haram au Nigéria.

Je veux saluer ici ceux qui avec moi, durant cette décennie 2001, 2010, ont refusé l’instrumentalisation du racisme. Je veux rendre ici hommage en particulier à Fodé Sylla, qui était à l’époque député européen, que l’on n’a pas voulu entendre, et qui aujourd’hui continue à se battre, en tant qu’ambassadeur itinérant du Sénégal.

Pour moi c’est un peu paradoxal de recevoir le Prix Mai 68 puisque je n’étais pas sur les barricades. Je suis née en 1959, j’étais donc une petite fille, mais j’ai baigné dans ces espoirs qui sont nés à cette époque. Et c’est cette flamme que je souhaite continuer à porter contre toutes les formes de violences, contre toutes les formes de discriminations, contre toutes les formes de racisme et toutes les formes de sexisme.

Aujourd’hui, je me bats aussi contre les déqualifications d’un certain nombre de lois, et je pense notamment aux dernières lois qui ont été adoptées et qui font que les actes de pédocriminalité seraient aujourd’hui considérés comme des agressions sexuelles sur mineurs avec pénétration

Je tenais à dire tout cela au nom de toutes les femmes avec qui je travaille depuis de longues années et les hommes qui m’accompagnent.